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Cléopâtre et les roses | La légende florale qui entoure la reine de l’Égypte antique

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Aoba Miyajima

Cléopâtre VII, connue comme la dernière reine de la dynastie ptolémaïque d’Égypte, est une figure historique dont la vie a donné naissance à de nombreux récits somptueux transmis au fil des siècles.

Dans Les Deipnosophistes d’Athénée, auteur grec des IIe et IIIe siècles apr. J.-C., sont notamment décrits les fastueux banquets de Cléopâtre, à travers une citation d’un ouvrage antérieur de l’historien Socrate de Rhodes.

Parmi ces récits, l’un des plus célèbres concerne les roses. Lors d’un banquet organisé par Cléopâtre pour recevoir le général romain Marc Antoine, une immense quantité de roses aurait été répandue sur toute la surface du sol.

En retraçant l’histoire de Cléopâtre et des roses, on découvre non seulement l’image éclatante d’une reine, mais aussi les liens qui existaient entre les fleurs, les parfums, les banquets et le pouvoir dans le monde méditerranéen antique.

Dans cet article, je présente le célèbre récit associant Cléopâtre aux roses, ainsi que son contexte historique et le rôle joué par ces fleurs.

1. Qui était Cléopâtre ?

Cléopâtre VII fut la dernière reine de la dynastie ptolémaïque, qui régna sur l’Égypte au Ier siècle av. J.-C.

La dynastie ptolémaïque avait été fondée par Ptolémée Ier, l’un des généraux d’Alexandre le Grand, après la mort de ce dernier. L’Égypte gouvernée par Cléopâtre était donc une société profondément marquée non seulement par les anciennes traditions égyptiennes, mais aussi par la culture grecque.

À cette époque, Rome étendait rapidement son influence dans le monde méditerranéen. Cléopâtre ne pouvait échapper à cette puissance croissante et noua des relations étroites avec Jules César, puis avec Marc Antoine.

Après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., les rivalités politiques s’intensifièrent de nouveau à Rome.

Marc Antoine devint alors l’une des principales figures exerçant une forte influence sur les territoires orientaux du monde romain.

La relation entre Cléopâtre et Marc Antoine fut largement présentée, au cours des siècles suivants, comme une grande histoire d’amour. Tous deux occupaient cependant des positions leur permettant d’exercer une influence considérable sur les affaires politiques de l’Égypte et de Rome, et leur relation s’inscrivait également dans un contexte politique et militaire.

C’est à Tarse, ville de Cilicie située dans le sud de l’actuelle Turquie, que leur relation prit véritablement forme.

2. Tarse, lieu de la rencontre entre Cléopâtre et Marc Antoine

En 41 av. J.-C., Cléopâtre se rendit à Tarse afin de rencontrer Marc Antoine.

Plutarque, auteur de l’époque gréco-romaine, est l’un de ceux qui ont laissé une description détaillée de cette rencontre.

Selon son récit, Cléopâtre arriva à Tarse en remontant le fleuve Cydnos à bord d’un somptueux navire. Celui-ci aurait été doté d’une poupe étincelante d’or, de voiles pourpres et de rames d’argent, tandis que musique et parfums contribuaient à créer une atmosphère spectaculaire.

Cléopâtre elle-même serait apparue à bord sous une apparence évoquant Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté.

Cette mise en scène laisse penser que Cléopâtre ne s’était pas contentée de se rendre à une entrevue avec Marc Antoine : elle avait créé un véritable spectacle destiné à mettre en valeur sa richesse et son autorité.

À Tarse, Cléopâtre invita ensuite Marc Antoine à un somptueux banquet. Parmi les éléments qui contribuèrent à la splendeur de cette réception figuraient les roses.

3. Des roses recouvrant le sol de la salle du banquet

L’un des récits les plus célèbres associant Cléopâtre aux roses nous est transmis par Athénée dans Les Deipnosophistes.

Pour décrire ce banquet, Athénée cite le témoignage de Socrate de Rhodes.

Cléopâtre invita tout d’abord Marc Antoine à un somptueux festin.

La vaisselle utilisée pour le repas était ornée d’or et de pierres précieuses, tandis que les murs auraient été décorés de riches tentures de pourpre et d’or. Lorsque Marc Antoine manifesta son étonnement devant tant de faste, Cléopâtre lui offrit les objets qui se trouvaient devant lui. Le lendemain, elle aurait organisé un banquet encore plus somptueux, au point que celui de la veille paraissait modeste en comparaison.

Mais l’un des éléments les plus impressionnants fut la mise en scène réalisée avec des roses quelques jours plus tard.

Selon le récit, le quatrième jour, une immense quantité de roses fut préparée afin de recouvrir le sol de la salle du banquet. Les fleurs auraient été entassées jusqu’à atteindre une profondeur d’environ une coudée, et une sorte de filet aurait été étendue par-dessus.

La longueur d’une coudée variait selon les régions et les époques de l’Antiquité, mais cette unité correspondait approximativement à la longueur d’un avant-bras. Il ne s’agissait donc pas simplement de quelques pétales dispersés sur le sol : les convives auraient eu sous leurs pieds une véritable masse de roses.

4. Une somme considérable consacrée aux roses

Le récit mentionne également la somme que Cléopâtre aurait consacrée à ces roses.

D’après le témoignage cité par Athénée, les roses auraient représenté une dépense considérable atteignant un talent.

Le talent était une unité utilisée dans le monde antique pour mesurer notamment des poids et des valeurs monétaires. Il est donc impossible d’en donner une conversion simple et exacte en euros actuels. Le récit permet néanmoins de comprendre qu’il s’agissait d’une dépense suffisamment importante pour souligner le caractère exceptionnel du banquet.

L’élément essentiel est que Cléopâtre n’aurait pas utilisé quelques roses comme simples ornements, mais une quantité suffisamment importante pour transformer l’espace lui-même. Les convives voyaient les roses s’étendre devant eux, les sentaient sous leurs pieds lorsqu’ils marchaient et devaient également percevoir leur parfum dans toute la salle.

À côté de décorations luxueuses telles que l’or, les pierres précieuses et les étoffes pourpres, l’utilisation en abondance de fleurs fraîches, par nature éphémères, pouvait également constituer une démonstration de la richesse de Cléopâtre.

5. Pourquoi Cléopâtre utilisa-t-elle autant de roses ?

La raison exacte pour laquelle Cléopâtre choisit les roses demeure inconnue.

Les textes antiques montrent toutefois que les fleurs et les parfums occupaient une place importante dans les banquets de cette époque.

Les Deipnosophistes d’Athénée contiennent de nombreuses mentions de couronnes composées de roses et d’autres fleurs, ainsi que de parfums utilisés lors des banquets. L’ouvrage évoque également des préparations parfumées à base de roses.

Décorer les banquets avec des fleurs et des parfums faisait donc déjà partie des pratiques du monde méditerranéen antique.

Ce qui rendait le banquet de Cléopâtre particulièrement remarquable était surtout son ampleur. Alors que les roses pouvaient habituellement être appréciées sous forme de couronnes ou de parfums, leur utilisation en quantité suffisante pour recouvrir entièrement le sol permettait de créer un espace radicalement différent de celui d’un banquet ordinaire.

Les roses séduisent non seulement par leur beauté, mais également par leur parfum, qui sollicite directement les sens. Le banquet de Cléopâtre a ainsi pu constituer une mise en scène faisant ressentir aux convives la richesse et la magnificence de la reine, non seulement par la vue, mais aussi par l’odorat.

6. La rose dans le monde méditerranéen antique

Dans les mondes grec et romain de l’Antiquité, la rose était largement connue et utilisée de diverses manières.

Elle était appréciée pour sa beauté, mais servait également à confectionner des couronnes florales et à produire des parfums.

Pline l’Ancien, naturaliste romain, décrit lui aussi en détail les couronnes de fleurs dans son Histoire naturelle et mentionne notamment celles composées de roses.

Les textes antiques montrent également que différentes caractéristiques des roses étaient déjà reconnues. On distinguait notamment certaines roses selon le nombre de leurs pétales ou l’intensité de leur parfum.

Dans ce contexte, la présence de roses au banquet de Cléopâtre n’était donc pas exceptionnelle en elle-même. Ce qui rendait la scène remarquable était plutôt l’utilisation massive d’une fleur déjà très appréciée à l’époque, au point d’en recouvrir entièrement le sol.

7. L’importance des parfums dans l’Égypte antique

Pour mieux comprendre l’histoire de Cléopâtre et des roses, il convient également de s’intéresser à la culture des parfums dans l’Égypte antique.

Dans l’Égypte ancienne, les parfums et les huiles parfumées étaient utilisés dans de nombreuses circonstances, notamment lors de rites religieux et pour les soins du corps. De nombreux récipients destinés à contenir des parfums, des huiles ou des produits cosmétiques ont d’ailleurs été découverts sur des sites de l’Égypte antique.

Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve, par exemple, un récipient à huile parfumée datant du Nouvel Empire, soit plus de mille ans avant l’époque de Cléopâtre. Il représente une princesse debout sur une fleur de lotus bleu et témoigne de la longue histoire des pratiques liées aux fleurs et aux parfums dans l’Égypte antique.

À l’époque de Cléopâtre, l’Égypte était un lieu de rencontre entre les traditions propres à l’Égypte ancienne et les cultures du monde méditerranéen, notamment la culture grecque.

La relation entre Cléopâtre et les roses devient ainsi plus facile à comprendre lorsqu’elle est replacée dans ce vaste contexte culturel méditerranéen.

8. La rose, une fleur associée à la déesse de l’amour et de la beauté

Dans les cultures grecque et romaine de l’Antiquité, la rose était étroitement associée à l’amour et à la beauté. Son lien avec Aphrodite, déesse grecque de l’amour et de la beauté, est particulièrement connu.

Plusieurs textes antiques établissent un lien entre la rose et Aphrodite. Certaines traditions associent également cette fleur à la mort d’Adonis, beau jeune homme aimé de la déesse.

Dans la Lamentation sur Adonis du poète Bion, composée vers le IIe siècle av. J.-C., les roses naissent du sang d’Adonis, tandis que les anémones naissent des larmes d’Aphrodite. Dans les Métamorphoses du poète romain Ovide, en revanche, la fleur qui naît du sang d’Adonis n’est pas la rose, mais l’anémone.

Il existait donc plusieurs traditions concernant Aphrodite, Adonis et les fleurs, dont le contenu variait selon les époques et les œuvres.

D’après Plutarque, lorsque Cléopâtre arriva à Tarse, elle se présenta sous une apparence évoquant Aphrodite. Par la suite, une immense quantité de roses fut utilisée lors du banquet qu’elle organisa pour Marc Antoine.

Il est impossible de savoir si Cléopâtre choisit les roses en pensant consciemment à Aphrodite. Cependant, dans un monde méditerranéen où la rose était associée à l’amour et à la beauté, cette fleur s’accordait particulièrement bien avec l’image somptueuse que Cléopâtre cherchait à projeter.

9. Les roses d’une nuit devenues une légende de Cléopâtre

Les roses utilisées lors du banquet de Cléopâtre n’étaient pas des objets susceptibles de traverser les siècles comme l’or ou les pierres précieuses. Même lorsqu’elles sont en pleine floraison, les fleurs finissent inévitablement par se faner.

Cléopâtre aurait pourtant fait préparer une immense quantité de roses pour un seul banquet, au point d’en recouvrir entièrement le sol.

Une telle utilisation des fleurs pouvait constituer une démonstration particulièrement frappante de sa richesse.

Des objets luxueux ou des bijoux, par exemple, peuvent être conservés et exposés à plusieurs reprises après leur acquisition. Les fleurs fraîches, en revanche, sont éphémères. Consacrer une immense quantité de roses à une seule réception pouvait donc également montrer que la reine disposait de ressources qu’elle pouvait dépenser avec une grande prodigalité.

Les roses ne se distinguent pas seulement par leur beauté visuelle, mais aussi par leur parfum. Les participants au banquet ne devaient donc pas uniquement contempler les fleurs qui recouvraient le sol : ils pouvaient également en percevoir le parfum et sentir leur présence sous leurs pas, faisant ainsi l’expérience d’un espace inhabituel.

Le récit selon lequel « Cléopâtre fit recouvrir la salle de banquet d’une immense quantité de roses » continua ainsi à être transmis au fil des siècles. La rose, depuis longtemps associée à l’amour, à la beauté et à la splendeur, finit également par se confondre avec l’image même de Cléopâtre.

Les roses qui auraient été utilisées lors du banquet disparurent depuis longtemps, mais elles continuèrent d’exister à travers le récit, devenant l’une des légendes symbolisant le faste de Cléopâtre.

10. Conclusion

La relation entre Cléopâtre et les roses est devenue célèbre grâce au récit d’un somptueux banquet transmis depuis l’Antiquité.

Dans le monde méditerranéen de cette époque, les roses étaient utilisées pour confectionner des couronnes florales et produire des parfums, et occupaient une place importante dans la culture des banquets. Elles étaient également associées à Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté, et évoquaient ainsi l’amour et la beauté.

Lors du banquet organisé par Cléopâtre pour recevoir Marc Antoine, des récipients ornés d’or et de pierres précieuses ainsi que de somptueuses étoffes auraient été utilisés, tandis qu’une immense quantité de roses aurait recouvert toute la surface du sol.

Le récit d’une reine utilisant sans compter une quantité considérable de fleurs éphémères et transformant l’espace même du banquet en un univers rempli de roses contribua fortement à renforcer l’image de richesse et de splendeur associée à Cléopâtre.

Ainsi, l’histoire de Cléopâtre et des roses illustre la manière dont une fleur peut se lier à l’image d’une figure historique et donner naissance à un récit transmis pendant plus de deux millénaires.

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« Fioria» est un média en ligne consacré à la beauté et à la diversité des fleurs et du jardinage.
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