La rose rouge et la rose blanche | Deux fleurs inscrites dans l’histoire de la guerre des Deux-Roses

L’histoire de l’Angleterre est marquée par un long conflit connu sous le nom de deux roses : la « guerre des Deux-Roses », qui se déroula au XVe siècle.
La guerre des Deux-Roses désigne une série de guerres civiles opposant la maison de Lancastre, symbolisée par une rose rouge, à la maison d’York, symbolisée par une rose blanche, dans une lutte pour le trône et le contrôle du pouvoir politique.
Avec leurs couleurs contrastées, la rose rouge et la rose blanche sont entrées dans l’histoire comme les symboles respectifs de ces deux maisons royales.
Au terme de ce long conflit, une nouvelle dynastie vit le jour, réunissant les deux familles. Elle adopta pour emblème la « rose Tudor », qui associe la rose rouge et la rose blanche en une seule fleur.
Mais pourquoi la rose devint-elle le symbole de ces maisons royales, au point de donner son nom au conflit pour la couronne d’Angleterre ?
Dans cet article, je présente les origines des maisons de Lancastre et d’York, leur affrontement symbolisé par la rose rouge et la rose blanche, ainsi que la naissance de la rose Tudor, qui réunit les deux fleurs en un seul emblème.
- 1. Les maisons de Lancastre et d’York
- 2. La rose rouge de Lancastre et la rose blanche d’York
- 3. Le début de la guerre des Deux-Roses
- 4. L’accession au trône d’Édouard IV de la maison d’York
- 5. L’accession au trône de Richard III
- 6. L’émergence d’Henri Tudor
- 7. Un mariage unissant la rose rouge et la rose blanche
- 8. La naissance de la rose Tudor
- 9. Conclusion
1. Les maisons de Lancastre et d’York
Les maisons de Lancastre et d’York, qui s’affrontèrent pendant la guerre des Deux-Roses, descendaient toutes deux du roi Édouard III d’Angleterre, qui régna au XIVe siècle.
La maison de Lancastre descendait de Jean de Gand, l’un des fils d’Édouard III.
En 1399, son fils Henri Bolingbroke s’empara du trône aux dépens du roi Richard II et devint roi sous le nom d’Henri IV. Son accession au trône marqua le début du règne de la maison de Lancastre.
La couronne passa ensuite à son fils Henri V. Celui-ci est notamment connu pour ses campagnes en France pendant la guerre de Cent Ans et pour sa grande victoire lors de la bataille d’Azincourt en 1415.
Henri V mourut toutefois prématurément en 1422. Son fils Henri VI, encore enfant, devint alors roi d’Angleterre.
Sous le règne d’Henri VI, l’Angleterre perdit une grande partie des territoires qu’elle contrôlait en France pendant la guerre de Cent Ans, tandis que les rivalités entre les grands nobles s’intensifiaient dans le royaume. En 1453, Henri VI fut en outre frappé par de graves troubles mentaux qui le rendirent incapable d’exercer le pouvoir.
C’est dans ce contexte que Richard, duc d’York, acquit une influence politique considérable.
Richard descendait lui aussi d’Édouard III et appartenait à une puissante lignée susceptible de revendiquer la couronne. Pendant la période où Henri VI était incapable de gouverner, il devint lord-protecteur et assuma la direction des affaires du royaume.
Cependant, les tensions s’accentuèrent progressivement entre, d’un côté, la reine Marguerite d’Anjou et les puissants nobles soutenant Henri VI et, de l’autre, les partisans de Richard, duc d’York.
Ainsi, la rivalité entre les maisons de Lancastre et d’York, toutes deux issues de la lignée d’Édouard III, finit par se transformer en un vaste conflit pour la couronne d’Angleterre.
2. La rose rouge de Lancastre et la rose blanche d’York
La guerre des Deux-Roses est aujourd’hui symbolisée par la rose rouge de la maison de Lancastre et la rose blanche de la maison d’York.
Dans l’Angleterre médiévale, les membres de la famille royale et de la noblesse utilisaient des armoiries et des insignes représentant notamment des animaux ou des plantes afin de manifester leur identité ou leur appartenance à une lignée. Ces symboles apparaissaient également sur les vêtements, les bannières ou encore les édifices et permettaient de montrer un lien avec une personne ou une famille.
La rose rouge est connue comme l’un des emblèmes de la maison de Lancastre. Associée à cette maison, elle devint l’une des fleurs symbolisant la guerre des Deux-Roses.
Face à elle se trouve la rose blanche, emblème de la maison d’York. Généralement appelée « rose blanche d’York » (White Rose of York), elle est représentée sous la forme d’une rose aux pétales blancs.
La rose rouge de Lancastre et la rose blanche d’York devinrent ainsi deux fleurs contrastées symbolisant les deux maisons royales rivales.
3. Le début de la guerre des Deux-Roses
La rivalité entre les maisons de Lancastre et d’York se transforma en affrontement armé en 1455.
Au mois de mai de cette année-là, les forces menées par Richard, duc d’York, affrontèrent les partisans du roi Henri VI lors de la première bataille de St Albans.
Cette bataille est généralement considérée comme le début de la guerre des Deux-Roses. Les Yorkistes remportèrent la victoire et Henri VI passa sous leur contrôle.
À l’origine, le conflit présentait notamment les caractéristiques d’une lutte pour le contrôle du gouvernement entre les grands personnages entourant le roi. Cependant, à mesure que les tensions se prolongeaient, la question de la succession au trône prit une importance croissante et le conflit évolua en une véritable lutte dynastique entre les maisons de Lancastre et d’York.
En 1460, Richard, duc d’York, revendiqua ouvertement ses droits à la couronne. Un accord conclu la même année prévoyait qu’Henri VI conserverait le trône jusqu’à sa mort, mais que Richard d’York et ses descendants lui succéderaient.
Cette décision écartait cependant de la succession Édouard de Westminster, fils d’Henri VI.
Les Lancastriens, rassemblés notamment autour de la reine Marguerite d’Anjou, refusèrent cet arrangement, et le conflit s’intensifia encore.
4. L’accession au trône d’Édouard IV de la maison d’York
En décembre 1460, Richard, duc d’York, fut vaincu et tué par les Lancastriens lors de la bataille de Wakefield.
La puissance du parti yorkiste ne disparut toutefois pas avec lui. Son fils Édouard reprit les prétentions de son père, mena ses troupes contre les Lancastriens et fut proclamé roi sous le nom d’Édouard IV en mars 1461.
Le 29 du même mois, les armées yorkiste et lancastrienne s’affrontèrent lors de la bataille de Towton. Celle-ci est connue comme l’un des affrontements les plus importants de la guerre des Deux-Roses.
La victoire revint aux Yorkistes et consolida la position d’Édouard IV sur le trône. Henri VI et son épouse Marguerite d’Anjou se retrouvèrent quant à eux contraints de fuir leurs adversaires.
La maison d’York s’empara ainsi de la couronne d’Angleterre.
Le conflit n’était pourtant pas terminé. Des divisions apparurent bientôt au sein même du camp yorkiste.
Richard Neville, comte de Warwick, qui avait joué un rôle majeur dans l’accession au trône d’Édouard IV, entra progressivement en conflit avec le roi.
Connu sous le surnom de « Faiseur de rois » (Kingmaker), Warwick se rallia finalement aux Lancastriens et rétablit Henri VI sur le trône en 1470. Édouard IV fut alors temporairement contraint de quitter l’Angleterre.
Dès l’année suivante, en 1471, Édouard IV revint cependant dans le royaume avec l’intention de reconquérir la couronne.
En avril 1471, les Yorkistes remportèrent la bataille de Barnet, au cours de laquelle Warwick trouva la mort.
Le mois suivant, ils vainquirent également les Lancastriens lors de la bataille de Tewkesbury. Édouard de Westminster, fils d’Henri VI et héritier de la maison de Lancastre, y perdit la vie. Peu après, Henri VI mourut à son tour à la tour de Londres.
Le pouvoir d’Édouard IV fut ainsi rétabli et les grands affrontements pour la couronne connurent provisoirement une période d’accalmie.
5. L’accession au trône de Richard III
Après avoir reconquis le trône en 1471, Édouard IV régna sur l’Angleterre jusqu’à sa mort en 1483.
Son fils Édouard V lui succéda. Celui-ci étant encore très jeune, son oncle Richard, duc de Gloucester, devint lord-protecteur.
Édouard V et son frère cadet Richard, duc d’York, furent ensuite installés à la tour de Londres, avant de disparaître progressivement de la vie publique. En juin 1483, Richard, duc de Gloucester, accéda au trône sous le nom de Richard III.
Après Édouard IV, Richard III devint ainsi le deuxième roi de la maison d’York de cette période.
Son accession au trône provoqua cependant de nouveaux bouleversements politiques.
Une opposition à Richard III se forma et, parmi les nouveaux prétendants susceptibles de revendiquer la couronne, un homme lié par son ascendance à la maison de Lancastre attira progressivement l’attention : Henri Tudor.
6. L’émergence d’Henri Tudor
Henri Tudor naquit en 1457 au château de Pembroke, dans le sud-ouest du pays de Galles.
Son père était Edmond Tudor et sa mère Marguerite Beaufort. Cette dernière descendait de Jean de Gand, fils d’Édouard III et ancêtre de la maison de Lancastre. Par sa mère, Henri possédait donc lui aussi des liens de parenté avec la lignée lancastrienne.
En 1471, les victoires yorkistes aux batailles de Barnet et de Tewkesbury entraînèrent la disparition de nombreux grands représentants et prétendants de la maison de Lancastre.
Dans ce contexte, Henri Tudor devint progressivement une figure importante pour les Lancastriens.
L’Angleterre étant alors gouvernée par Édouard IV de la maison d’York, Henri passa cependant de longues années en exil, notamment en Bretagne.
Après l’accession au trône de Richard III en 1483, Henri devint l’une des principales figures de l’opposition au nouveau roi.
Henri promit d’épouser Élisabeth d’York, fille d’Édouard IV. En annonçant son intention d’unir sa propre lignée, liée aux Lancastre, à celle de la princesse Élisabeth, issue de la maison d’York, il cherchait à rassembler autour de lui un large éventail de forces opposées à Richard III.
En 1485, Henri traversa la mer à la tête d’une armée et débarqua dans son pays natal, le pays de Galles. Il marcha ensuite vers l’Angleterre et affronta les troupes de Richard III.
Les deux camps se rencontrèrent le 22 août 1485 lors de la bataille de Bosworth. Henri remporta la victoire et Richard III fut tué sur le champ de bataille. Henri accéda alors au trône sous le nom d’Henri VII et fonda une nouvelle dynastie, celle des Tudor.
La bataille de Bosworth et l’avènement de la dynastie Tudor marquèrent ainsi une étape décisive dans la fin de la longue guerre des Deux-Roses.
7. Un mariage unissant la rose rouge et la rose blanche
En 1486, l’année suivant son accession au trône, Henri VII épousa Élisabeth d’York, conformément à la promesse faite auparavant.
Henri était lié à la maison de Lancastre, tandis qu’Élisabeth était la fille aînée du roi yorkiste Édouard IV. Leur mariage devint ainsi un puissant symbole de l’union entre les maisons de Lancastre et d’York, longtemps rivales.
Le couple eut plusieurs enfants, parmi lesquels le futur roi Henri VIII.
Les lignées liées aux maisons de Lancastre et d’York se trouvèrent ainsi réunies au sein de la nouvelle dynastie Tudor.
Cette union des deux maisons fut représentée par un nouvel emblème floral : la « rose Tudor ».
8. La naissance de la rose Tudor
La rose Tudor est un emblème réunissant la rose rouge associée à la maison de Lancastre et la rose blanche de la maison d’York. Elle est généralement représentée sous la forme d’une seule rose composée de pétales rouges à l’extérieur et de pétales blancs à l’intérieur.
Henri VII utilisa la rose Tudor comme emblème de sa nouvelle dynastie. Son motif fut notamment intégré aux décors de palais, de chapelles et d’autres édifices associés à la monarchie.
Les pétales rouges représentent la maison de Lancastre et les pétales blancs la maison d’York. L’emblème exprimait ainsi l’idée que la dynastie Tudor réunissait les deux maisons et instaurait un nouvel ordre après de longues années de conflit.
Les roses rouge et blanche, autrefois symboles de deux maisons rivales, furent ainsi réunies en une seule fleur pour devenir le symbole d’une nouvelle dynastie et de l’union entre les deux lignées.
La rose Tudor continua par la suite d’être utilisée comme emblème royal et demeure aujourd’hui encore l’un des symboles les plus célèbres de l’histoire de l’Angleterre.
9. Conclusion
Au XVe siècle, en Angleterre, les forces rassemblées autour des maisons de Lancastre et d’York s’affrontèrent pour la couronne et le contrôle du pouvoir politique. Cette série de guerres civiles fut plus tard connue sous le nom de « guerre des Deux-Roses ».
La rose rouge symbolisait la maison de Lancastre, tandis que la rose blanche était associée à la maison d’York. Ces deux fleurs aux couleurs contrastées devinrent ainsi les emblèmes des deux maisons rivales.
À partir de 1455, le conflit donna lieu à de nombreux affrontements. Édouard IV de la maison d’York accéda au trône, tandis qu’Henri VI de la maison de Lancastre fut brièvement rétabli dans ses fonctions, faisant de la couronne d’Angleterre l’enjeu de profonds bouleversements politiques.
En 1485, Henri Tudor vainquit Richard III lors de la bataille de Bosworth et devint roi sous le nom d’Henri VII.
L’année suivante, en 1486, Henri VII épousa Élisabeth d’York. L’union d’Henri, lié à la maison de Lancastre, et d’Élisabeth, princesse de la maison d’York, devint un symbole du rapprochement entre les deux lignées.
C’est cette union que vint représenter la « rose Tudor ».
Ainsi, la rose rouge et la rose blanche, autrefois associées à deux maisons rivales, ne symbolisèrent plus seulement l’histoire de leur conflit : réunies en une seule fleur, elles en vinrent également à représenter l’union des deux lignées et le commencement d’une nouvelle dynastie.





